Comme est-ce que, si nettement, je voyais tout cela, de l’angle du salon où j’étais assise, causant avec Mᵐᵉ de Kermadec?
Je ne sais si Guisane le lui avait demandé, mais d’un mouvement vif, tout à coup, elle a fait demi-tour sur son tabouret, a ouvert le piano et s’est mise à jouer quelques notes en sourdine.
Bernard, aussitôt, lui a crié:
—Ah! C’est cela! Maud. Chantez-nous quelque chose. Ce sera un régal de vous entendre, par cette admirable soirée!
J’avais tressailli à la demande; et une instinctive prière—par bonheur tue à temps!—m’était montée aux lèvres pour qu’elle ne consente pas.
Maintenant, la voix de Maud me fait mal. Elle l’a peu étendue, voilée parfois, mais si «prenante», douce et ardente, telle une voluptueuse caresse.
A quoi a-t-elle pensé de me dire:
—Mireille, veux-tu chanter avec moi le Poème du Volga?... le duo de la troisième mélodie?
—Tu sais bien, Maud, que je ne chante plus!
—Par exemple!... Il y a deux jours, quand j’entrais chez toi, je t’ai entendue!