Des secondes, des minutes ont-elles passé?... Mes yeux qui cherchaient l’invisible dans la nuit se sont brusquements rouverts à la réalité du présent. Une voix, dont je connais maintenant toutes les nuances, me disait, ainsi qu’une fois déjà je l’ai entendue:
—Pauvre, pauvre enfant!... J’étais bien sûr que vous vous étiez réfugiée ici, dans le jardin, pour nous fuir!
J’ai murmuré, encore incapable de reprendre mon masque:
—Ce chant, par cette merveilleuse nuit, réveille tant de souvenirs qui me font mal... Et c’est si horrible de devoir supporter seule ce mal!...
—Non pas seule, petite amie très chère... Pour vous aider dans votre peine, tous ceux qui vous aiment sont près de vous... Et vous le savez bien! Ne vous désespérez pas ainsi, Mireille...
Il était debout derrière moi, toujours abattue sur le banc; l’une de ses mains s’était posée sur mon épaule, l’autre effleurait mes cheveux d’un geste d’apaisement, tandis qu’il me répétait, presque suppliant:
—Ne pleurez pas ainsi, Mireille, je vous en prie!
Enfin! je trouvais un être pour me prendre en pitié, me soutenir! Je ne savais plus que cela! D’instinct, j’ai appuyé ma tête contre son bras, meurtrissant ma joue mouillée de larmes, contre le drap rude de son uniforme.
Maintenant, je me le rappelle, bien confuse.
Mais alors, ma détresse avait submergé ma conscience de la réalité et s’attachait impérieusement à sa sympathie... J’aurais voulu pouvoir me blottir sous sa protection, entendre sa voix me dire les mots que, désespérément, mon cœur appelait.