Ah! l’intensité de ma souffrance m’avait fait perdre la raison!

Par bonheur, tout de même, je demeurais lèvres closes!... Par bonheur, dans la nuit, il ne pouvait voir mon visage! Par bonheur, surtout, il était lui... Mais quelle étrange expression j’ai aperçue dans ses yeux quand, d’un mouvement irréfléchi, j’ai levé la tête pour chercher le viatique de son regard... Une expression qui m’a pénétrée toute, comme si enfin j’avais trouvé un refuge; si divinement bonne que, tout à coup, elle a eu ce pouvoir de me rendre à moi-même...

Je me suis redressée. Aussitôt, je n’ai plus senti sa main sur mon épaule. Il a fait quelques pas et est venu devant moi.

Comme il m’a paru pâle dans la nuit qui altérait ses traits. Simplement alors, il m’a demandé, avec une sorte de sollicitude tendre:

—Vous êtes mieux, mon amie? Que c’est dur de ne pouvoir rien pour vous!

Pourquoi mon accent a-t-il pris cette âpreté soudaine pour répondre:

—Personne ne peut me rendre Max! Personne ne peut rien pour moi, vous avez raison.

Il a eu un mouvement, que, je suis sûre, il aurait voulu maîtriser, et un pli a barré son front, durcissant son visage. Me trouvait-il ingrate de tenir pour si peu l’amitié, je peux dire l’affection, qu’il me donne?... Je lui en suis pourtant bien reconnaissante! et lui tendant la main, je lui ai dit:

—Vous êtes très bon pour moi... Merci!

Il s’est courbé, a baisé ma main, en y appuyant longuement ses lèvres... Un baiser si pareil aux baisers d’autrefois, qui m’enivraient...