Elle nous quitte demain et elle était venue, à la fin de l’après-midi, me faire une dernière visite. Nous étions toutes deux dans le jardin, assises sur ce banc où, l’autre soir, j’ai tant souffert...

Je lui redisais combien je voudrais qu’elle trouvât enfin celui qui la rendra heureuse et elle m’écoutait avec l’expression, qui me trouble toujours un peu, que prend son visage quand je lui témoigne mon affection.

Lentement, elle m’a répondu, la pointe de son ombrelle fouillant la terre:

—Moi aussi je souhaite ton bonheur, Mireille. Tu ne peux soupçonner à quel point! S’il vient à toi, le bonheur, sois sage!... Ne le repousse pas!

J’ai contemplé Maud, stupéfaite, et j’ai dit ce qui est le sentiment de toute mon âme:

—Le bonheur?... Mais il est parti pour moi. Jamais plus, du moins tel que tu l’entends, il ne peut me revenir... Jamais!

Elle a eu un haussement d’épaules.

—Mireille, tu parles comme une enfant qui ne connaîtrait rien de ce qui est! Et pourtant, tu sais bien que nous sommes trop jeunes pour que notre vie soit close. C’est une illusion de se le figurer, un mensonge de le prétendre; par devoir, par orgueil, par charité, par faiblesse... Il y a pour cela, en nos êtres de vingt ans, bien trop de forces vives qui fatalement nous ramèneront vers une existence perdue... qui doit être la nôtre... que nous le voulions ou non!

Je l’ai regardée, je crois, comme j’aurais regardé la tentation elle-même; et frémissante, j’ai repris:

—Mais tu ne comprends donc pas, Maud, qu’il me serait impossible de donner à un autre la place de Max près de moi, près de ses enfants, dans ce qui a été son foyer...