J’ai eu un tressaillement tant il y avait de sombre conviction dans la voix de Maud; et j’ai pensé tout haut:
—Alors, Maud, pourquoi désires-tu encore te donner à l’un d’eux pour souffrir?
—Parce que je subis la destinée pour laquelle nous avons été créées! Le renoncement que tu veux pratiquer, Mireille, il est hors nature!... C’est aux vivants, non aux morts, que nous devons appartenir, et il est insensé de dédaigner cela seul qui donne du prix à la vie!
De toute mon âme, j’ai murmuré:
—Puisque cette richesse Max ne l’a plus, pour moi, non plus, elle n’existe plus.
—Sincèrement, tu crois cela? Ah! que tu es donc généreuse!... Si l’on me disait, à moi, que je devrai, à l’avenir, me passer d’amour, j’aimerais mieux mourir sur l’heure! L’amour, où je l’entrevois, où j’espère le trouver, je vais, comme un être glacé court vers le feu qu’il voit flamber. Si tous, autour de moi, vous autres disciples de la vieille morale, vous n’étiez à me surveiller, ainsi que des geôliers, je ne songerais guère à m’enchaîner de nouveau, comme je l’ai fait dans l’ignorance de mes dix-sept ans... Je garderais ma liberté pour aimer quand et comme je le voudrais... selon le caprice qui me tenterait!
Toutes ces choses, Maud les dit, le regard toujours sur la mer, sans autre mouvement que celui de tordre le ruban de sa ceinture. Sa voix s’est assourdie, mais de quelle passion elle vibre!...
J’ai l’impression d’avoir, près de moi, une créature en péril qu’il faut sauver, à tout prix; une impression si forte que je pense tout haut:
—Maud, épouse un homme que tu aimes, et tu ne désireras plus rien, ma pauvre chère.
Une imperceptible pause et j’achève, obéissant à je ne sais quelle impulsion: