—Alors, vraiment, Mireille, tu ne t’es pas aperçue que Guisane t’aime?...
J’ai crié, comme si elle m’avait frappée en plein cœur:
—Maud, tu déraisonnes! Oui, il m’aime, ainsi qu’un très bon ami, oui...
Elle a martelé, presque bas:
—Comme l’homme aime la femme qu’il voudrait faire sienne pour toujours!...
Instinctivement, j’ai mis mes deux mains sur mes oreilles pour ne plus l’entendre, tandis que je suppliais:
—Maud, tais-toi!... Ne dis pas de pareilles folies qui sont coupables!... car... car elles me font mal!... Comment as-tu pu imaginer une telle chose!... Guisane, aussi bien que vous tous, sait bien que, maintenant, je suis une femme qui ne compte plus!
Elle a saisi mes deux mains d’un geste impérieux.
—Une femme qui ne compte plus!... Mais regarde-toi donc dans une glace, Mireille! Non pas avec tes yeux de veuve trop fidèle, mais avec tes yeux de femme... Regarde le portrait qu’il a fait de toi... Rappelle-toi la sollicitude constante, les soins dont il t’entoure...
—Une sollicitude d’ami, presque de frère! ai-je répété, désespérée. Oh! Maud, je t’en supplie encore, tais-toi! Pourquoi détruire ainsi ma bonne confiance en lui? En lui qui, jamais, tu entends, jamais, ne m’a dit un mot qui puisse me faire soupçonner ce que tu prétends...