Entre haut et bas, je l’ai entendue murmurer:

—Parce que ton heure n’est pas encore venue! Aussi, parce qu’il est très délicat, très clairvoyant... Il sait qu’il doit attendre...

Un frisson m’a secouée comme si Maud me souhaitait le malheur.

Et j’ai prié de nouveau:

—Maud, tais-toi!... Tu n’es pas méchante, pourtant... Alors pourquoi les vaines paroles que je ne dois pas... que je ne veux pas entendre! Ce que pense Guisane importe peu. Entre lui et moi, il y aura toujours Max qui, dans ma vie, ne sera remplacé par personne... Il me semble que, même dans sa tombe, il en souffrirait; et je veux lui rester fidèle dans la mort, autant que je l’ai été dans la vie, comme je le lui avais promis...

Elle me contemplait avec un mélange de colère et de pitié indulgente, ainsi qu’une enfant ignorante de la vérité.

—Ah! petite femme romanesque, c’est la destinée elle-même qui se chargera de te relever de ton serment imprudent!... Et si je ne me suis pas trompée, si je te le répète, un jour, le bonheur vient s’offrir à toi, ne le repousse pas, ô mystique Mireille! Ne complique pas ton existence par des scrupules insensés!

Cette fois, je n’ai pas répondu. A quoi bon? Maud et moi, nous parlons des langues étrangères l’une à l’autre. Nous sommes aussi différentes que l’étaient, ce jour-là, nos robes de veuvage; elle, tout en mauve, des roses à sa ceinture; moi, dans cet uniforme de deuil que, même pour plaire à maman, je ne peux me résigner à quitter.

En moi, c’était le chaos, sous un souffle de tempête. Oh! pourquoi Maud m’avait-elle ainsi parlé? Parce qu’elle voulait, par ses insinuations, m’éloigner de Guisane, afin d’être plus libre de l’envoûter? Certes, elle n’est pas méchante. Mais quand elle souhaite quelque chose, elle piétinerait n’importe quel cœur pour réaliser son désir.

Ou encore, était-ce parce que, habituée à éveiller toujours le désir de l’homme, elle n’avait pas compris, ou avait mal interprété, le sentiment de Guisane pour moi?