Car il ne lui avait rien dit... C’est elle qui imaginait...

Une seconde, le trouble qui me bouleversait s’est apaisé. Et puis soudain, j’ai revu l’expression des yeux, du visage de Guisane quand il se penchait vers moi, dans le jardin, alors que je sanglotais désespérément.

Et une nouvelle rafale a soufflé en moi... Instinctivement, j’ai serré mes deux bras autour de ma poitrine, comme si je m’enveloppais encore du long voile de crêpe qui, pendant des mois, a enfermé ma douleur...

Mon mouvement a fait regarder Maud de mon côté... Je ne sais quelle expression pouvait avoir mon visage, elle s’est écriée:

—Oh! Mireille, n’aie pas cet air douloureux! Je ne pensais pas te faire mal!... Tu m’en veux?

J’ai dit, le cœur lourd d’une détresse infinie:

—Je t’en veux, oui, d’avoir abîmé mon amitié pour Guisane...

Elle s’est penchée d’un de ces élans auxquels elle m’a accoutumée, et qu’en ce moment tout mon être voulait fuir... Son baiser, son parfum, son bras sur mon épaule, ses protestations même m’étaient intolérables.

—Mireille, je n’ai pas réfléchi que tu pouvais être blessée de paroles comme celles qui m’ont échappé, parce que je suis une impulsive... Tout ce que je t’ai dit, c’est moi seule qui le suppose... Moi seule!... Alors, que t’importe?... Guisane et toi, allez être séparés par la force des choses... Et, sans doute, tout demeurera comme tu le souhaites...

Ce qu’elle disait là, c’était vrai... Confusément, déjà, je l’avais pensé. Et un soupir d’allégement a écarté le poids qui m’étouffait. Il m’a semblé m’éloigner d’un gouffre qui m’avait donné le vertige.