—Mireille, tu me pardonnes?... Je m’imaginais aider à te faire heureuse. Et je me suis trompée! Dis que tu me crois!
Pour en finir de cette scène qui m’était affreusement pénible, j’ai prié, à mon tour:
—Ne parlons plus jamais de tout cela, Maud! Je ne pense pas avoir rien à te pardonner. Oublions cette malencontreuse conversation qui n’aurait jamais dû avoir lieu et suivons chacune notre voie... comme nous le pouvons.
Elle a murmuré:
—Oui, comme nous le pouvons.
Et puis, tout haut, elle a appelé Jean que Kate ramenait de la plage.
6 septembre.
Maud est partie. Moi aussi, je pars. Je ne veux pas revoir Guisane; en ce moment, du moins... Ce sentiment était si fort que, dès hier soir, j’ai annoncé à maman que j’allais retrouver ma belle-mère, ainsi qu’il était convenu. Comme je le redoutais, elle a très mal pris cette décision au sujet de laquelle je ne l’avais pas consultée. Le départ prochain de Bernard la rend très irritable. Et puis, pour elle, malgré ma qualité de femme, surtout depuis que la guerre m’a ramenée sous son toit, je suis toujours la «petite» qui a besoin d’être dirigée et doit obéir à ce qu’elle a jugé bon. Pauvre chère maman, elle pense ainsi faire pour le mieux, dans mon intérêt. Mais que de fois, mon Dieu, le joug de cette affection un peu autoritaire m’a paru lourd!
D’ordinaire, grâce à mon désintéressement de la vie, je me prêtais à tout ce qu’elle voulait de moi.
Cette fois, c’est impossible, après ce que Maud m’a dit. J’ai la terreur de le revoir. Heureusement, il a écrit à Bernard qu’il prolongeait un peu son séjour à Morgat. Quand il reviendra, je serai partie.