—C’est-à-dire, sans présence étrangère qui m’empêche de bien profiter des derniers instants que je puis vous demander. Les derniers!... Est-ce croyable que je sois obligé de dire une si affreuse chose, la vérité!... Vous ne pouvez savoir, mon amie, combien, en venant ici, j’avais la frayeur de tomber sur quelque malencontreuse visite qui vous aurait enlevée à moi, m’infligeant le supplice d’une conversation banale.
Elle sourit et dit, malicieuse un peu:
—C’est le souvenir de notre soirée, hier, qui vous fait parler ainsi?
—En d’autres circonstances, cette soirée m’aurait paru charmante, et loyalement, je reconnais qu’elle l’était. Mais... mais... il semblait odieux à mon amitié de vous voir si mal, de ne pouvoir librement bavarder avec vous, d’être obligé de vous dire des choses indifférentes. Vite, réparons le temps perdu... J’ai soif de vous entendre parler de vous!
—De moi?... Mais je n’ai rien à dire!... sauf que vous m’avez comblée et que je ne vous exprimerai jamais assez bien le plaisir que vous m’avez donné ainsi!...
Et, d’un œil ravi, elle regardait les fleurs.
—Oh! laissons cela, je vous en prie, madame. J’avais l’égoïsme de vouloir qu’après mon départ, vous gardiez, près de vous... quelque chose de votre peintre. Et maintenant, causons!
Il avançait une chaise près d’elle.
—Hier, à l’exposition, vous ne m’avez rien raconté de ce que vous avez fait à la Commanderie, des promenades que vous y avez aimées, des livres qui vous ont intéressée, des drôleries et des sottises de vos petits, etc., etc... Enfin, tout ce que vous ne m’avez pas écrit! silencieuse madame.
Elle le regarda, pensive et curieuse: