—Vous vous imaginiez donc que nous allions entrer en correspondance?
—Mais je l’espérais bien et je l’espère encore. Ne sommes-nous pas, maintenant, des espèces de vieux amis? J’avoue que Carantec m’a donné de très mauvaises habitudes... Je m’étais accoutumé à vous voir vivre près de moi... Et, désormais, je ne pourrai plus me passer de savoir tout ce qui vous touche... Vite, racontez. Les instants me sont tellement comptés!
Tout de suite, elle obéit, dominée par l’impérieuse prière des yeux qui l’interrogeaient autant que les lèvres... Elle sentait si vrai, que tout d’elle l’intéressait...
Elle répondait; mais aussi, elle questionnait, et leurs paroles se croisaient, se mêlaient, se heurtaient dans une sorte de hâte fiévreuse; car l’un comme l’autre, ils gardaient l’impitoyable notion du temps qui fuyait, de l’adieu que chaque minute rapprochait; un adieu que l’avenir redoutable faisait si grave.
Dehors, sous les fenêtres, une voix aiguë d’enfant cria:
—Demandez l’Intran... la Liberté... la Presse... Les nouvelles du soir!
Mireille eut un sursaut, arrachée au doux passé qui était redevenu le présent. Lui aussi, avait entendu. Et dans leurs âmes, attentives, un instant, à eux seuls, la conscience de la guerre rentra dominatrice, ne permettant pas l’égoïste oubli de son existence.
Dans le crépuscule d’automne qui, lentement, envahissait la pièce, le sentiment de l’Inexorable s’abattit sur eux.
Ils n’y eurent cependant pas même une allusion. A quoi bon?... Mais elle pria, un tremblement dans la voix:
—Vous ne me laisserez pas sans nouvelles de vous, n’est-ce pas?... C’est si dur de ne rien savoir quand on est inquiète...