Il écarta sa chaise et fut debout devant elle.
—C’est vrai, petite amie chérie? Vous aurez un peu de tourment pour moi?... Je devrais avoir la générosité d’en être navré... Et j’en suis si heureux que je ne puis que vous dire merci! Ah! c’est effrayant que vous me soyez devenue si précieuse!...
—Mon ami, mon ami, interrompit-elle, ardemment, il ne faut surtout pas que je vous devienne... trop «précieuse», comme vous dites...
Il eut un geste large qui écartait l’inutile conseil.
—C’est trop tard pour que je puisse retourner en arrière... Oh! Mireille, par quel sortilège vous êtes-vous ainsi emparée de moi, le célibataire endurci, sceptique, si jaloux de son indépendance... Emparée de moi au point qu’à cette heure, je suis à vous tout entier, que je ne peux plus concevoir ma vie sans que vous en soyez l’âme...
Brusquement, elle cacha son visage dans ses mains, tandis qu’il continuait, pensant tout haut:
—Je crois bien, en somme, que toujours, pour moi, vous avez été une petite idole dont l’indifférence un peu hautaine, jadis, m’était très pénible. Déjà, j’étais épris de votre forme harmonieuse qui était, de même qu’aujourd’hui, un enchantement pour mes yeux... Mais aussi, avec une invincible curiosité, je me demandais ce qu’il y avait de caché dans l’enveloppe charmante... Et puis, les circonstances nous ont rapprochés, et j’ai appris à vous connaître, Mireille. Aujourd’hui, j’aime votre âme, votre cœur, votre pensée, votre courage... Aussi, votre douleur... J’aime tout en vous, Mireille!...
Elle pencha la tête plus encore. Il ne voyait pas son visage, voilé par les mains qui tremblaient, mais seulement le cou, fin sous les cheveux sombres.
Et il l’entendit murmurer comme une plainte:
—Mon Dieu... Oh! mon Dieu!