Et ainsi, elle éveilla soudain, en lui, une telle pitié qu’il fut bouleversé par le remords de s’être trahi.

Avec une infinie douceur, il reprit, posant sa main sur l’épaule qu’il voyait tressaillir:

—Ne vous troublez pas ainsi, mon aimée. Je ne demande rien de vous... Je n’espère rien, à cette heure... Je sais que je n’ai rien à attendre. Et j’en suis si convaincu, que j’étais bien décidé à partir sans vous faire l’aveu qui vient de m’échapper. Et puis... à quoi tiennent les résolutions les plus sincères?... Tout à coup, en entendant annoncer le communiqué du soir, j’ai eu la vision de l’avenir vers lequel je vais et que j’oubliais près de vous... Et, soudain, il m’a paru impossible de partir sans vous avoir dit ce... ce pourquoi je me suis enfui de Carantec... parce que j’avais entrevu ma faiblesse, le soir où vous aviez tant de peine, dans le jardin...

Elle murmura:

—Oh! pour cela!... C’était pour cela!

—J’avais vu à quel point je m’étais pris à vous adorer, Mireille.

Cette fois, elle releva la tête, avec une sorte de cri d’angoisse:

—Non! Non!... Il ne faut pas!!!

—Il ne faut pas... quoi?... Vous dire ces paroles? vaines, je le sais... Mais pourquoi non, puisqu’elles sont la vérité et puisqu’elles sont mon adieu?... Si... je ne reviens pas, vous vous souviendrez, Mireille, que je vous avais offert toute ma vie, pour que vous en fassiez... ce que vous auriez voulu... Si, au contraire, la destinée m’est indulgente et me ramène, alors vous vous rappellerez, je vous en supplie, que je reviens, n’ayant pas désormais de plus cher désir que de me consacrer à vous, pour que vous ne soyez plus seule, pour vous aider à élever votre fils, votre toute petite... Et aussi, Mireille, parce que je suis un homme pareil aux autres... et qu’ayant entrevu le bonheur que je puis goûter près de vous, je n’ai pas le courage de vous laisser passer, sans tenter de vous arrêter!

Toute pâle, avec de larges prunelles douloureuses, elle le regardait passionnément, ses mains jointes, comme si elle l’implorait: