Elle ne répondait pas, comme si elle ne pouvait se résoudre à ouvrir l’intimité de son âme. Et pourtant! Il méritait qu’elle fît pour lui ce sacrifice, l’homme qui lui offrait l’amour même que, jadis, elle avait vainement rêvé... Par lui, elle en était sûre, elle était aimée comme elle l’avait tant souhaité...

Penché vers elle, il répétait:

—Alors, Mireille?

—En ma conscience, dit-elle lentement, je pense que ce serait mal... méprisable... lâche, de me refaire une vie heureuse...

—Heureuse!... O bien-aimée... Vous le sentez donc que, près de moi, vous pourriez encore être heureuse!

Et il se courba sur les mains glacées que ses lèvres brûlaient.

Tout de suite, elle les reprit.

—Oui, avec un homme tel que vous, la nouvelle Mireille...—l’autre, celle de Max, est morte comme lui...—pourrait être heureuse encore, heureuse infiniment... Et j’en suis si honteuse! Ah! qu’est-ce donc qu’un cœur, pour qu’ayant perdu tout ce qu’il aimait, il garde encore la soif du bonheur!... Mais ce bonheur, je ne dois pas, je ne veux pas le prendre... Lui, mon Max, n’a plus rien... Il adorait la vie autant que moi... Pourtant, il est allé au-devant du danger, volontairement, sans hésiter devant le sacrifice qui lui en serait peut-être demandé... Aussi...

Elle s’arrêta, comme si elle se recueillait pour mieux entendre son âme. Lui, sans un mot, l’écoutait.

—Aussi, c’est la simple justice que moi qui le chérissais, moi, sa femme, qui avais, comme lui, la foi que nos deux existences étaient à jamais liées, c’est la justice que je partage son sacrifice... Il a donné sa vie et tout ce qu’il pouvait espérer... Je dois être aussi généreuse et faire, comme lui, le sacrifice de mon avenir... Si vous saviez comme, cela, je le sens fort, et clairement! Vous me comprenez?... dites? mon ami.