La voix était suppliante, comme le regard où brûlait une flamme, comme la main qu’elle posait sur le bras de Guisane. Il inclina silencieusement la tête. Que pouvait-il répondre au sentiment qui la faisait parler, dont l’élévation arrêtait sur ses lèvres toute égoïste prière. Pourtant, selon la sagesse humaine, c’était insensé, ce renoncement qu’elle prétendait pratiquer. Avec quelle autorité il le lui eût dit, si sa propre destinée n’eût pas été en jeu... Mais, même pour elle, ne devait-il pas lutter contre l’inutile sacrifice?
Et il reprit, attirant entre les siennes la main qui frémissait sur son bras:
—Oui, Mireille, je comprends... Je vous admire...
—Oh! non! pas ce mot! je vous en prie. C’est si naturel ce que je pense... Tous ceux qui aiment en jugeront ainsi!
—Mireille, ne craignez-vous pas d’exagérer votre devoir envers celui que vous avez tant aimé?... Lui, ne souffre plus de ce qu’il a perdu. Et vous dont il voulait le bonheur...
—Par lui!... Non par un autre!... interrompit-elle désespérément.
—Croyez-vous qu’il eût eu cet égoïsme féroce? Ne lui faites pas cette injure, Mireille! Vous avez à peine vingt ans... En vous, c’est la vie, avec tout ce qu’elle met dans l’être des jeunes... Et pour obéir à un devoir mystique, je le répète, et que vous vous créez, vous prétendez devenir insensible, ne plus exister que liée à... un souvenir!
—Oh! Patrice! oh!
—Mireille, enfant chérie, c’est un crime contre vous-même que vous risquez d’accomplir là!
Elle tressaillit, tant il y avait de conviction dans la voix de Guisane. Mais, en elle, cependant, demeurait invincible le sentiment complexe de révolte, d’indignation, d’impossibilité, à la seule idée qu’elle pourrait se prêter à refaire sa vie.