Et il ne la comprenait que trop. Le cœur exquis qu’il avait deviné se faisait le gardien jaloux du passé, lui commandait d’y rester rigoureusement attaché, fidèle même au prix du sacrifice entier de l’avenir. Et lui ne devait pas prononcer un mot qui troublât le souvenir que cette fidèle gardait de l’homme auquel, même dans la mort, elle voulait demeurer unie...

Cependant, il avait reçu les suprêmes confidences de Max Noris dans une dernière causerie, avant le départ qui devait être sans retour... Et, comme Maud, il pensait qu’il n’y a pas d’homme—ou de bien rares!...—qui vaille le sacrifice d’une existence... Mais il était incapable de dire cela et avec tout le douloureux amour qu’elle lui inspirait, à cette heure où il avait le sentiment de la perdre, il reprit:

—Mireille, ne soyez pas injuste envers vous-même!... Si les morts nous voient, votre mari peut, au contraire, vous bénir, pour le souvenir que vous lui gardez...

Simplement, elle murmura:

—C’est vrai, tout ce que je puis, je le lui donne... Nous ne sommes pas maîtres, hélas! de nos sentiments, mais nos actes dépendent de nous. Et c’est pourquoi, si je ne peux garder ma peine, vibrante comme je l’espérais, je veux du moins ne pas m’en détacher, en recommençant ma vie, pour mon bonheur, alors que, pour lui, Max, il n’y a plus de bonheur...

Son accent avait quelque chose de tellement irrévocable qu’il n’essaya plus de la dissuader. Le temps seul pourrait changer son sentiment—peut-être!

Le voyant silencieux, elle leva sur lui ses prunelles passionnées qui l’imploraient et elle vint à lui debout, le visage sombre, devant la cheminée.

—Mon ami, dites-moi que vous ne m’en voulez pas!

—Vous en vouloir! mon pauvre amour. C’est moi qui ai à vous demander de me pardonner cette conversation inutile et si pénible pour vous...

Un sourire irradia le visage de Mireille.