—Tais-toi! Maud, commanda Mireille, sa douce voix devenue impérieuse.

—Le lendemain, j’ai reçu de lui une lettre... que tu pourras lire... que je conserve comme une relique, et qui a éveillé en moi le remords à ton égard... Car jusqu’alors... tu me connais, la passion m’absorbait seule... depuis surtout que je l’avais revu...

—Tu l’avais revu?... Quand?... Tu comprends, maintenant que j’ai appris, il faut que je sache tout... Pour la première fois, quand était-ce arrivé? Comment?...

La voix de nouveau impérative, ses mains serrées l’une contre l’autre, Mireille interrogeait, debout devant Maud abattue sur sa chaise basse; et, encore une fois, d’instinct, ses yeux cherchèrent, dans le cadre de cuir, le jeune visage souriant, le regard qui avait menti, la bouche qui avait cherché la bouche de l’amie...

D’une voix sourde, Maud disait:

—Quand?... Au printemps qui a précédé la guerre... Tu étais à Fontainebleau avec Jean... Lui, seul à Paris... Je lui ai demandé de venir dîner avec moi... Depuis longtemps, tout bas, j’étais folle de lui... Je le lui ai avoué, après l’avoir, avec toute la puissance de ma passion, grisé de... de ce qu’il appelait, tu te rappelles? «mon charme capiteux».

Le visage de Mireille se contracta. Mais elle n’eut pas un mot. Ses yeux continuaient d’exiger la cruelle vérité.

—Lui... tu le connais... il était comme tous les hommes... un altéré d’amour...

—J’étais là pour lui en donner, interrompit Mireille d’une voix si dure, qu’il semblait qu’une autre parlât.

—Non, tu n’étais pas là, justement... Et la nuit était douce divinement... Une nuit de printemps... Une vraie nuit d’amour...