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Le soir même, Mireille avait la lettre. Pour elle aussi, c’était une relique, malgré la trahison; elle le sentait bien, tandis qu’elle emportait le précieux papier, pour le lire dans le cabinet de Max.
Elle s’assit au bureau où il écrivait jadis, à la lueur de sa lampe, devant son visage qu’elle avait tant chéri; et un instant, elle le considéra avec toute son âme, rendue si profonde par la douleur. Puis, elle ouvrit l’enveloppe et elle commença à lire:
«Non, Maud, je ne viendrai pas; ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais plus. J’ai été misérablement coupable parce que je suis un pauvre homme de chair et de passion et que vous m’aviez grisé, Maud... Ce n’est pas un reproche... Je n’ai pas le droit de vous reprocher d’avoir fait à ma faiblesse l’aumône que j’avais la lâcheté d’implorer...
«Vous êtes toujours l’ensorceleuse qui m’a fait perdre toute sagesse. Mais depuis plus d’un an, je vis à une école qui a un peu trempé ma fragilité. Si vous saviez comme à l’éclair des obus, avec la vision constante de la mort possible, le jugement se fait autre; sévère pour telle de nos actions qui nous avait paru une bagatelle.
«Là-bas, il m’est venu le dégoût et le mépris de ma faute envers Elle, si adorablement vaillante, fidèle, tendre, dans les heures tragiques qu’elle supporte sans un retour sur elle-même, ne pensant qu’à moi qui lui ai menti... Jamais son souvenir, quand je suis loin, dans la tranchée, ne me torturera assez pour me faire expier ma vilaine action!
«Si vous saviez de quel poids ce souvenir, maintenant, pèse sur ma loyauté, vous comprendriez que la tentation ne m’effleure même plus de revenir à vous—fût-ce même une fois!...—avant de repartir... Alors pourtant que je subis encore, que je subis toujours votre séduction, Maud.
«Mais Elle est ma force... Ah! si je pouvais lui demander son pardon, ce serait l’allégement béni... Mais je ne dois pas me permettre cette expiation bienfaisante... Elle souffrirait tant,—elle innocente,—par moi... et par vous, Maud... Ici, je devine votre pensée. Vous avez raison... Ce n’est pas à moi de vous dire cela...
«Adieu. Oubliez notre folie qui fut un rêve bien court, dont la guerre nous a réveillés à jamais... Si je ne reviens pas, je mourrai, du moins, tout à Elle, conscient que je ne méritais pas de retrouver, à ses côtés, la vie bienheureuse qui était la nôtre.