C’était en mars, une tiède et lumineuse journée printanière, le samedi des Rameaux, après une semaine angoissée par l’avance allemande... Une journée troublée par l’inexplicable canonnade qui, depuis le matin, assaillait Paris, sans avion visible. Mais Mireille qui rentrait n’y songeait même pas; et, hâtivement, elle dit à la femme de chambre, appelée chez elle par son coup de sonnette:

—Il n’y a pas de lettre?

—Aucune, madame.

Elle ne répondit pas, et machinalement tendit à la femme de chambre ses vêtements de sortie.

Pas de lettre!... Cela faisait maintenant cinq semaines qu’elle ne savait plus rien de Guisane. Ni lettre, ni carte, pas une ligne même. Aucune réponse aux missives anxieuses envoyées à une adresse devenue, d’ailleurs, plus qu’incertaine. Et le dernier courrier arrivé était déjà vieux de plusieurs jours...

Pourquoi ce silence soudain?... Où était-il? Au milieu de l’effroyable bataille qui reprenait depuis plusieurs semaines?

Sans faiblesse, elle avait traversé cet inoubliable hiver; calme sous le bombardement des gothas qu’elle s’était refusée à fuir, malgré les objurgations de sa mère qui, elle-même, ne voulait pas quitter Paris où M. Dabrovine était résolu à rester. Comme son appartement était au deuxième étage, elle s’y prétendait en sûreté; et, seulement devant l’insistance de ses parents, elle s’était décidée, lors des dernières alertes, à descendre les enfants dans sa cave, transformée en «salon de sécurité».

A Paris, les lettres lui arrivaient plus vite et plus sûrement. Elle s’en était éloignée un mois seulement, au cours de la saison, pour aller à Monaco, tenir compagnie à ses beaux-parents qui y passaient l’hiver et s’y trouvaient bien isolés.

Et la fatalité avait voulu que juste à cette époque fût tombée,—inopinément changée de date,—la permission de Guisane. Aussi, à peine l’avait-elle aperçu, lui semblait-il... Et encore, parce qu’il avait fait ce tour de force de trouver trois jours pour aller jusqu’à Monaco.

Hélas! qu’ils s’étaient donc peu et mal vus!... Un retard de lettre, une dépêche non remise en temps, avaient été cause qu’elle était absente, entraînée à Nice par des amis, le jour même où il était venu lui faire sa première visite.