Sa belle-mère, toujours prévenante, l’avait bien retenu à dîner. Mais, si peu, ils avaient pu être seuls... Juste le temps de lui faire visiter le jardin, de sortir un court moment avec lui, dans le parc du Casino, d’aller le lendemain matin errer une heure, à ses côtés, dans les petites rues fraîches où d’autres promeneurs les croisaient sans cesse.
Et alors, plus évidente encore, Guisane avait eu la certitude qu’il ne s’était pas trompé en trouvant, dès leur première entrevue, qu’elle n’était plus la Mireille quittée en octobre.
Celle qu’il revoyait à Monaco était grave avec une amertume, un désenchantement que n’avait pas sa tristesse jusqu’alors. Pas plus que jadis, elle ne se plaignait. A tous ceux qui l’entouraient, elle se prêtait avec l’oubli d’elle-même, la grâce douce qui lui donnaient un irrésistible charme.
Mais, dans la profondeur du regard, dans le faible sourire,—où jamais plus n’apparaissait un éclair de gaieté,—il y avait quelque chose de découragé qui était poignant sur ce jeune visage...
—Mireille, que vous est-il arrivé?... Vous avez changé..., avait-il demandé.
Vaguement, elle avait répondu:
—Tant de choses nous transforment peu à peu, mon ami.
Car ses lèvres, sa pensée, son cœur se refusaient à accuser Max. Même auprès de celui qui savait... Et lui n’avait pas insisté, trop délicat pour forcer une confidence qu’elle jugeait devoir lui taire. Sur tant de sujets, d’ailleurs, elle lui montrait une confiance exquise; et peut-être, sans en avoir même conscience, elle se révélait, pour lui, une amie telle que jamais il ne l’avait vue jusqu’alors.
Mais il s’effrayait de discerner, à travers ses paroles, le caractère définitif qu’elle donnait à l’organisation solitaire de sa vie. Une vie plus que remplie; intelligente et généreuse, livrée à ses enfants d’abord, à sa mère qui, sans cesse, réclamait sa présence, au monde qu’elle ne fuyait plus absolument.
Il la devinait énergique et résolue pour cacher un suprême détachement; trouvant une sorte de consolation poignante à se disperser discrètement, dans des œuvres de guerre où son concours pouvait être utile.