—Oui, madame.

Elle allait vite vers son père, tout de suite inquiète, bien que, souvent, il vînt ainsi la voir.

—Père, vous ne m’apportez pas de mauvaises nouvelles?

—Pas particulièrement, ma chérie. Mais j’avais hâte de savoir comment tu avais traversé cette journée d’émotion.

Sa pensée était tellement absorbée par son intime anxiété, qu’elle répéta, sans comprendre:

—Cette journée?... Laquelle?...

—Mais aujourd’hui même. Ma Mireille où donc as-tu la tête?... Tout de même, tu as entendu le canon?

—Oh! oui, depuis ce matin. Il paraît que ce sont je ne sais quels exercices de tir... Je ne comprends pas pourquoi Paris s’en est si fort agité. A dix heures, quand j’ai vu qu’il ne s’agissait pas d’une visite d’avions, je suis sortie, ayant une course à faire, et j’ai été stupéfaite de me trouver seule dans mon avenue avec une infirmière qui passait et les gens arrêtés en groupe au seuil des portes. Plus une voiture. Pas un tramway. Un Paris désert. C’était très curieux d’aspect!

Elle parlait, souriant un peu, distraite par la vision rétrospective. Son père la regardait curieusement:

—Des exercices de tir!... Chère petite inconsciente, c’était, ni plus ni moins, le bombardement de Paris par un canon à longue portée. On le sait maintenant.