—Oh! père! s’exclama-t-elle, incrédule. Vous êtes sûr?
—Chérie, moi, personnellement, tu comprends bien que je ne puis rien te certifier. Mais des gens compétents l’affirment; les journaux de ce soir, tel le Temps, l’annoncent... Alors, s’ils ne se trompent pas, il est évident que Paris va être bombardé.
—De si loin?... Car enfin les Boches, malgré leur avance, sont encore à distance de nous!
—Oui, à une distance relative... Mais il s’agit d’un canon qui tire à 120 kilomètres. La situation est... sérieuse. C’est pourquoi, Mireille, je suis venue te parler. Il vaut mieux que tu partes avec les enfants.
—Partir?... Oh! non!... Non!!!
—Pourquoi cette résistance?... Rien ne te retient ici. Tant que, seuls, les gothas ont été en jeu, je n’ai pas insisté puisque tu avais l’abri de ta cave... Mais maintenant, tout devient autre... Pour tes enfants, tu dois quitter Paris. Je vais conduire ta mère dans le Midi, peut-être à Monaco, près de tes beaux-parents. Nous pouvons t’emmener... A moins que tu ne préfères aller à la Commanderie, qui est à ta disposition.
S’en aller si loin, à Monaco! Se trouver sans cesse entourée, obligée de cacher son tourment, être dans l’impossibilité de courir vers Patrice si, blessé, il l’appelait.
Jamais elle ne se résignerait à un pareil sacrifice!
Il était au-dessus de ses forces... Mieux valait la solitaire Commanderie, si vraiment il fallait, pour ses enfants, qu’elle s’éloignât de Paris.
Suppliante, elle dit: