—Père, Monaco, c’est trop loin!... Il y a trop de monde!... Si vous jugez que, raisonnablement, je ne puis garder mes petits ici, je les emmènerai à la Commanderie.

—Fais comme tu préfères, ma chérie. Mais pars au plus vite!... Tu comprends que ta mère ne quittera pas Paris en t’y laissant et elle est dans un état nerveux qui me fait désirer de la conduire sans retard, au calme... Va toujours passer les fêtes de Pâques en Normandie... Tu reviendras ensuite, si les circonstances sont meilleures. Moi-même, à ce moment, je serai de retour.

Elle inclina la tête.

—Oui, père, je ferai, puisqu’il le faut, comme vous le jugez sage... Mais, en somme, nous ne savons encore si ce bombardement va continuer. Laissez-moi attendre quelques jours... Ici, on se trouve tellement mieux pour suivre les événements. Avez-vous des nouvelles récentes de Bernard?

—Nous ne savons rien depuis cinq jours. Il est dans la Somme.

L’autre aussi, peut-être, était par là. Elle frissonna, et, tendre, se rapprocha de son père dont la voix s’était altérée.

—Pauvre Christiane! murmura-t-elle.

—Oui, pauvre Christiane qui tremble pour son mari et pour son père, car le général ne se ménage pas!... Mais elle a un courage... admirable! Hier, j’ai passé à Poissy pour voir ce qu’elle devenait, si elle avait un mot de Bernard. Elle était vaillante, à son ordinaire, avec une pauvre figure altérée par le tourment qu’elle enferme en elle.

Il y eut un silence; sur les deux âmes meurtries par l’inquiétude, le poids creusait, plus lourde, son empreinte.

Et la soirée, la longue nuit passèrent sans qu’au matin le courrier apportât la lettre attendue.