Un peu après onze heures et demie, comme Mireille rentrait de la messe avec Jean, un coup de timbre résonna; et, quelques minutes après, le domestique lui annonçait:

—Mᵐᵉ Bernard Dabrovine.

Elle s’élança vers le petit salon où elle trouva la jeune femme, debout, en tenue d’infirmière.

—Oh! Christiane! toi!... Comment, pourquoi es-tu à Paris?... J’espère que...

—Tout est aussi bien que possible... Petite sœur chérie, ne te tourmente pas ainsi tout de suite! Ce matin, j’ai eu quelques lignes de Bernard, des chères lignes qui sentent la poudre et l’espoir...

—Oh! tant mieux! murmura Mireille, gardant entre les siennes la main de Christiane.

Mais elle n’ajouta rien. Elle pensait ce que Christiane savait bien, hélas!... Trois jours plus tôt, Bernard était encore vivant, au milieu de la fournaise... Mais à l’heure présente...

—Viens t’asseoir, Christiane, que je te voie un peu, dit-elle avec un geste pour attirer la jeune femme vers le canapé bas, où bien des fois, dans l’hiver, elles avaient eu de bonnes causeries intimes.

Mais Christiane secoua la tête.

—Je n’ai pas le temps de m’asseoir, mon chéri. Je n’ai qu’un moment. Je suis venue en auto savoir comment ma tante de Kermadec, très souffrante toujours, avait supporté l’impression du bombardement d’hier et je repars trouver mes blessés. Seulement, je n’ai pu résister au désir de t’embrasser au passage... Si ce bombardement s’aggrave, tu partiras, n’est-ce pas, Mireille...? Pour les enfants!... Nous serions si tourmentés, Bernard et moi, de vous savoir exposés!