Il a un léger rire qui, illusion ou réalité, me paraît un peu forcé, et il baise mes doigts l’un après l’autre. Nous sommes toujours seuls dans le carrefour. Jean ne compte pas.

—J’espère que ma Mireille ne sera pas jalouse si, honnêtement, je lui raconte que j’ai dîné en tête à tête avec Maud qui n’avait aucun convive ce soir-là.

—Ah! vous étiez en tête à tête... C’est vrai, Maud ne craint pas pour sa réputation.

Je sens qu’à mon tour j’ai eu quelque chose de forcé dans l’accent. Mes yeux contemplent le lointain de l’allée qui fuit devant moi. Mais avec le regard de l’âme, je vois, dans la salle à manger que je connais bien, originale comme tout l’appartement, comme la maîtresse du logis elle-même, je vois Maud habillée ainsi qu’elle sait le faire, qui cause avec Max, qui lui sourit, qui l’enveloppe de la flamme caressante de ses yeux voilés.

Je la vois comme si elle était vraiment là, appuyant, du mouvement que je sais bien, son menton sur ses mains croisées où luisent les bagues; ses bras nus jusqu’au coude; leur pâleur veloutée faisant songer aux fleurs des magnolias...

Sans doute, le dîner fini, ils ont passé dans son petit salon, tout imprégné de cette senteur rare et violente dont elle-même est toujours enveloppée. Et il me semble qu’un étau me meurtrit le cœur. Pourtant je ne dis rien. Machinalement, je roule mon anneau de mariage autour de mon doigt...

Je ne regarde pas Max; et cependant, je vois que son visage est pensif. On dirait qu’il va parler; puis qu’il hésite à le faire...

Alors, encore une fois, les mots que j’ai déjà prononcés tout à l’heure m’échappent:

—Tu as quelque chose à me dire, Max?

Il secoue les épaules, ainsi qu’il laisserait tomber un fardeau; et il me caresse de son sourire câlin: