—Ce que j’aurais à te dire, si ce n’était une vérité trop connue de toi, mon amour, c’est que personne au monde ne vaut et ne peut être pour moi ma Mireille!

—Pas même Maud?

Les mots ont jailli à la façon d’un torrent qui culbute une digue. Heureusement, d’instinct, j’ai pu parler sur un ton tout naturel.

Max a un geste d’impatience... presque violent, sans souci de Jean qui, son petit nez en l’air, nous contemple bouche bée.

—Pourquoi parler de Maud?... Près de toi, elle n’existe pas!

Il est sincère, je le sens. Et cela m’est si bon que, soudain apaisée, je m’abandonne toute à la douceur de la certitude que son accent jette en moi. Il me semble qu’un poids est tombé de sur mon cœur qu’il oppressait. De nouveau, la forêt me paraît un éden enchanté, embaumé par la jeune verdure, le soleil, le bois gonflé de sève! Et je passe une journée incomparable. Mère est à Paris; et Fontainebleau est à nous deux, mon Max et moi... Le Max que je voudrais toujours trouver en lui!

Paris, 30 mai.

Tantôt j’ai rencontré Maud que je n’avais pas revue depuis mon retour de Fontainebleau. Et, à ma grande surprise, elle a eu, presque, le mouvement de continuer sa route, quoiqu’elle m’eût aperçue. Mais nous étions si près l’une de l’autre que, sans doute, elle s’est rendu compte qu’elle aurait ainsi un air de me fuir, tout à fait bizarre; et elle s’est arrêtée.

Elle était dans ses jours de beauté, sous sa capeline de paille; les yeux allongés par un cerne de bistre doré; sa peau laiteuse, à peine un peu rose aux joues, avivée par l’éclat sanglant des lèvres. Et je ne sais pourquoi, la pensée m’a traversé le cerveau que je n’aurais pas voulu que Max la vît ainsi.

Avait-elle ce visage quand, l’autre soir, il a dîné seul avec elle?... A cette interrogation, qui était soudain montée des profondeurs de mon âme, personne ne répondra, ni lui, ni elle... Je ne saurai jamais.