Et cet inconnu m’est pénible... Il est si aisément séduit, mon Max; et Maud n’est soucieuse que de son caprice. Elle le dit; et hélas! je crois que c’est vrai... De plus en plus, elle est incapable de renoncer à ce qui la tente...

Je sentais sur mes lèvres de folles et inutiles questions qu’un sursaut de raison m’a fait taire. Et j’ai remarqué simplement, me remettant à marcher près d’elle, car toutes deux nous suivions un instant la même direction:

—Tous les jours, Maud, j’attendais ta visite. Pourquoi donc m’as-tu délaissée? Tu étais sortie quand j’ai passé chez toi, après mon retour de Fontainebleau.

Elle a eu un geste d’épaules.

—J’ai été une vraie Benoiton, ces temps-ci! Tu le sais, il y a des périodes où la solitude me devient intolérable... Et aussi mon logis silencieux et vide... Dans ces moments-là, je n’ai plus qu’une idée, sortir, voir beaucoup de monde, pour ne pas penser!...

Sans réfléchir, inquiète pour elle, j’ai dit:

—Ma pauvre Maud!... Prends garde d’en venir ainsi à gâcher ta vie!...

—Qu’importe?... Et qu’est-ce que cela peut te faire, ce que je deviendrai!

—Maud, tu es mon amie, la chère petite amie de mon enfance... Je ne pourrais accepter que tu sois malheureuse par ta faute!

Elle a eu un tressaillement si vif que j’en suis restée stupéfaite. Son visage était devenu couleur de neige; même les lèvres avaient perdu leur éclat. La voix assombrie, elle a murmuré avec une sorte d’amertume railleuse: