—Tu es trop bonne, Mireille! Ne t’occupe pas de moi, cela vaudra mieux pour nous deux. Laisse-moi gaspiller ma vie comme je l’entends et comme je peux. Au revoir!

Nous étions au bout de la rue. Elle ne m’a pas même tendu la main; et, détournée brusquement, elle a traversé la chaussée.

Depuis ce jour-là, je ne l’ai pas revue. J’en ai fait l’observation à Max qui m’a répondu d’un ton bref et impatient:

—Ne t’inquiète pas d’elle!... Ce n’est pas une société pour toi.

Je l’ai regardé, presque indignée:

—Max, tu sais bien qu’elle est mon amie de toujours! Je ne pourrais l’oublier, même si elle me délaissait!

—Ne l’oublie pas, soit... Mais ne la mêle pas à ta vie! A l’heure actuelle, étant données vos situations réciproques, il est préférable que vous ne vous voyiez pas... Du moins, que ce soit aussi peu que possible!

Le ton de Max, sa décision, m’étaient incompréhensibles. Mais son accent était si absolu que, habituée à toujours lui obéir, je ne discute pas—pour l’instant, du moins—sa déclaration imprévue.

Lui, d’ailleurs, n’insiste pas. Et, à son exemple, je me tais sur cette situation nouvelle qu’il prétend établir entre Maud et moi.

Mais, pas une seconde je n’ai eu la pensée que je pourrais, sans plus de motifs, abandonner cette amie qui m’est chère, telle qu’elle est, avec ses défauts et son charme capricieux.