—Maintenant, oui, peut-être... vous ne pouvez pas encore beaucoup... Mais dans quelque temps, ce sera tout autre chose!... Puisque je vous ai retrouvé, je vous aiderai à attendre la guérison! Et vous verrez qu’elle viendra vite!
—La guérison! Oh! Mireille, c’est atroce de ne pas vous voir.
Elle dit passionnément, avec un tel désir de lui apporter la conviction qui lui serait un viatique, qu’un instant entra en lui la foi qu’elle voulait lui donner:
—Vous me verrez bientôt, mon ami. Ayez patience!
—Ah! si j’étais certain de voir finir cette horrible nuit, quelle patience j’aurais! Mais ne jamais plus vous voir, Mireille!... Ni la lumière!... Ni la couleur... Ne plus peindre!... Vous souvenez-vous, là-bas, au bord de la mer, je vous disais que c’était la seule épreuve que je redoutais... Et justement, elle s’est abattue sur moi!
Avec le même accent de certitude, la jeune femme interrompit ardemment:
—Pour un moment, hélas oui! Mais ces mauvais jours vont passer. J’ai causé avec le major qui m’a répété l’avis de tous les oculistes par lesquels vous avez été traité. Tous estiment que votre vue va revenir peu à peu. Lui m’a donné tant d’exemples de cas analogues au vôtre que, maintenant, il me paraît impossible de douter de votre guérison!
—O enfant confiante, si je pouvais partager votre foi!... Et mon bras, mon bras droit! va-t-on finir par me l’enlever? Il est encore dans un tel état!
A l’entendre parler, en elle pénétrait l’anxiété torturante qu’elle sentait en lui et que, tout à coup, il trahissait, parce qu’il savait quel cœur l’écoutait...
—Mon ami, il faut espérer. Maintenant nous allons le faire ensemble... Ce sera plus facile!