Suis-je moins gaie que jadis?... Père, qui était venu me faire une petite visite, a interrogé, parce qu’il m’avait vue tressaillir à son entrée, ramenée d’une vague songerie:

—Quelle mine grave tu avais, Mireille, quand je suis arrivé! Est-ce que quelque chose te tourmente?

—Non, père, rien du tout... Mais c’est vous plutôt qui, ces jours-ci, je l’ai bien remarqué, avez l’air soucieux... Un air que vous n’avez pas d’ordinaire. Je ne voudrais pas être indiscrète. Mais vous n’avez pas d’ennui, n’est-ce pas?

Père m’a rassurée avec un bon sourire:

—Une préoccupation tout au plus, mon enfant. Une préoccupation politique.

J’ai ouvert de grandes prunelles, un peu effarées. La politique! Qu’est-ce que cela peut bien faire à père qui est tout à ses travaux du Conseil d’État...

Et j’écoute, sans comprendre, le pourquoi de son inquiétude.

—J’ai très peur que le conflit actuel entre les puissances n’amène...

—Quoi donc, père?

Ma question est un peu distraite, car, les yeux dans la glace, je relève une petite mèche qui frise sur ma nuque.