—...n’amène la guerre.

Je le regarde, stupéfaite, comme si je venais d’entendre un mot vide de sens. Je ne lis guère les journaux et Max ne m’a rien raconté.

Est-ce que vraiment, dans notre siècle civilisé, les hommes peuvent encore songer à vider leurs différends comme des brutes ou des sauvages?

—Père, que dites-vous là? C’est impossible, la guerre, de notre temps!... On en parle. Oui... Toujours! Mais jamais elle n’éclate. Tant de fois, déjà, il en a été question. Ce sera encore de même.

Père me contemple, je le devine, comme un bébé qui jase à tort et à travers; et il y a, cette fois, une indulgence ironique dans son sourire:

—Souhaitons que tu voies juste, enfant; car le conflit serait épouvantable. Et quel bouleversement pour tant d’êtres!

Je tressaille; les paroles de père m’ont atteinte en plein cœur, déchirant ma naïve quiétude. J’ai compris, chez lui, tant de grave anxiété...

La guerre! Max partirait! Et aussi Bernard!... Et tant d’autres, des amis, des étrangers...

En torrent, la vision surgit en moi. Mon visage a dû changer; car père met tendrement la main sur mes cheveux.

—Allons, enfant, ne vous troublez pas ainsi. Rien n’est sûr, chérie. Je t’ai parlé de mon souci, seulement parce que tu t’en étais aperçue et m’as interrogé... Aussi parce que je pense préférable que les gens soient avertis d’un danger possible... Surtout les heureuses petites femmes! afin qu’elles soient un peu préparées à la secousse qui pourrait les atteindre...