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Mireille, qui lisait avec toute son âme, releva un peu la tête, regardant autour d’elle, comme si elle allait, tant ces pages ressuscitaient le passé, revoir la chambre de jadis où elle avait écrit les dernières lignes qu’elle venait de lire,—la chambre toute parfumée par leur amour.
Son cœur battait à larges coups devant cette évocation des jours disparus. Instinctivement, elle joignit les mains; en elle, criait l’angoisse des heures précédant celle où avait éclaté l’épouvantable crise.
Quelques lignes seulement la mentionnaient:
31 juillet.
C’est la guerre! Et il part, mon Max bien-aimé... Comme partent Bernard et tous les autres. Le cauchemar est devenu une réalité...
4 août.
Alors, c’est bien vrai! Il est parti. Mon cœur s’est brisé, et cependant je vis... Il est parti avec le même entrain qui l’animait quand nous nous mettions en route pour Saint-Moritz ou Chamonix, au temps des sports d’hiver.
Après les instants affreux des préparatifs de départ, j’ai senti, une dernière fois, aux mortelles minutes de l’adieu, ses baisers caresser mon visage, mes cheveux, mes yeux, lourds de larmes que je ne voulais pas verser, mes lèvres que je ne pouvais détacher des siennes. Il avait l’air si sûr de la brièveté de la tempête que sa présence me soutenait. Un moment, j’ai cru vraiment que, bientôt, il reviendrait, comme il me l’a répété tant de fois.