—Une promenade de six semaines! Ne t’affole pas! chérie... C’est charmant pour nous de connaître, pendant quelque temps, une existence nouvelle relevée par une certaine saveur de danger... Cela me changera agréablement des financiers et de la Bourse!

Et qu’il était joyeusement convaincu, en me disant cela!

Mais depuis qu’il est loin, la confiance qui me galvanisait s’est évanouie en une poussière que la terrible tourmente emporte.

6 août.

Pas une dépêche. Pas un mot. Oh! ne rien savoir de lui! Quel supplice de toutes les secondes... Où est-il?... Que lui arrive-t-il?... Quatre jours, déjà, depuis qu’il est parti... Si gai! Il y avait en lui une bravoure joyeuse que je ne soupçonnais pas et dont je suis fière, dans ma peine; une sorte de curiosité pour cette vie inconnue qui s’ouvrait devant lui; un oubli absolu du danger, de la mort qui, désormais, va rôder autour de lui...

Ah! Dieu, à cette heure, je l’aime comme jamais, peut-être, je ne l’ai tant aimé!...

8 août.

Rien encore. Comment est-ce que je peux résister à l’angoisse qui me torture jour et nuit? Dans notre home, désert sans lui, je me meus, l’esprit supplicié par la vision des jours finis, de notre dernière semaine d’insouciance, si proche... Et pourtant, déjà si effroyablement lointaine!

Est-il possible qu’il y ait seulement quinze jours que nous vivions grisés par notre bonheur au point de ne pas croire à l’orage qui montait... Quinze jours seulement que nous dînions à Saint-Germain, avec des amis aussi peu inquiets que nous-mêmes. Quinze jours que nous sommes restés tard à écouter les tziganes dans un jardin qui embaumait les roses... Quinze jours que, pendant notre retour en auto, à travers la belle nuit d’été, Max se montrait si amoureux que, pour le taquiner, je prétendais qu’il allait nous faire arrêter par quelque agent pudique.

Et puis, sur notre puérile sécurité, la catastrophe s’est abattue...