Max me devine, peut-être parce que j’ai cessé de causer, et me serre contre lui dans les rues désertes où la nuit règne victorieusement.

Il me murmure:

—Mireille, ne sois pas triste tandis que nous sommes ensemble! Fais comme moi. Jouis du bonheur présent. Nous avons encore une bonne fin de journée... Et puis, notre nuit!

J’ai un cri:

—Tu peux rester?... Tu restes?

Il se met à rire.

—Mon ordonnance me croira en bombe. Mais foin de ma réputation! Mon trésor, dans la suite des temps, peut-être, tu entendras dire pis que pendre sur le mari que je suis. Mais vous ne vous en fâcherez pas, madame, puisque vous connaissez ma compagne. Ma Mireille, vivons dans le présent.

Il avait raison. J’ai tendu ma volonté; et nos dernières heures ont été un rêve dont le souvenir demeure brûlant au plus profond de mon cœur, pour le réchauffer.

A quoi bon l’écrire?... Est-ce que j’oublierai jamais un détail de notre retour, la nuit, sans crainte des gendarmes devenus rares... Et le dîner dans la belle cuisine avec la grand’mère à laquelle il faut tout raconter. Maurice Plichon est reparti. Mais Max est là. Il monte avec moi dans la chambre blanche d’où le lendemain, par une aube grise, il me faut le laisser repartir... D’où je sors, moi-même, deux heures plus tard, enveloppant la pièce du regard dont on salue les lieux chers qu’on ne reverra plus. Que de fois, mon Dieu, mon souvenir y reviendra, retrouvera le fauteuil où Max m’attirait sur ses genoux, la glace verdissante qui reflétait nos deux visages où luisaient nos regards d’amour; le grand lit où la plume s’enfonçait sous la forme de nos corps rapprochés.

Et maintenant... Maintenant, il faut être brave et recommencer à suivre la douloureuse voie du calvaire...