—J’ai fait la désagréable connaissance des gaz asphyxiants, agrémentés par des éclats d’obus; ce qui m’a valu près de trois mois d’hôpital. Mais ne parlons plus de cela, c’est un temps à oublier!
Père le contemple.
—Vous n’avez pas encore une brillante mine, mon ami.
—Bah! la bonne brise de mer va faire son office... Et aussi, pour achever ma résurrection, il y a la douceur d’avoir quelques jours de liberté pour reprendre mes pinceaux et les garder aussi longuement que je le souhaiterai. Cette seule perspective aurait, je crois, suffi à me rendre mes forces. Je suis presque honteux de penser que je vais avoir cette halte quand les camarades continuent la dure vie.
—Cette halte, vous l’avez bien gagnée, Guisane!
—Pas plus que les autres! D’ailleurs, aussi vite que possible, j’irai les rejoindre. Je serais déjà reparti si le médecin-chef n’avait décrété qu’il fallait un peu d’air de mer à mes poumons et que ma blessure du genou n’était pas encore suffisamment cicatrisée. Pourtant, je ne boite pour ainsi dire plus.
Père m’explique:
—Un obus l’a saupoudré de dix-huit éclats, plus ou moins malfaisants, pendant qu’il s’exposait comme un gamin téméraire!
—Dites, comme tous les combattants, jeunes et vieux. Madame, ne croyez pas M. votre père, que l’amitié fait voir trouble. Ce qu’il y a eu de plus désagréable dans mon affaire, ce sont les mois d’hôpital! Quelle odieuse perte de temps! Enfin, comme je me le répète quand je me prends à enrager encore de ces mois inutiles, c’est le passé. Maintenant, je n’ai plus qu’à me remettre à marcher de l’avant!
Il dit cela très simplement, avec une vivacité gaie, cette insouciance audacieuse que je voyais à Max. Et, en l’écoutant, j’ai l’impression que le dilettante sceptique qui m’irritait en lui, a dû subir, lui aussi, la grande leçon qui crée des âmes neuves. Sûrement, il n’est plus le même;—le même tout à fait, du moins. Il a dû changer moralement, comme physiquement.