Il a, bien qu’il ait maigri, que son visage se soit creusé, un air de force mâle qu’il n’avait pas; un je ne sais quoi de résolu, d’énergique qui donne la sensation que cet homme de lettres est devenu un homme d’action.

Ses yeux d’artiste et d’écrivain ont sûrement vu des spectacles dont ils gardent une ineffaçable empreinte. Et, tout ensemble, je voudrais le fuir et l’interroger sur cette guerre qu’il a vécue comme Max et dont tous les détails, à cause de cela, me sont précieux. Mais je dis seulement, en interrogation banale:

—Vous avez un long congé?

—Deux mois. Je me fais une fête—puisque, hélas! je n’ai pas de proche famille—de les passer dans ce pays qui m’avait laissé un charmant souvenir et où j’espère pouvoir faire une bonne moisson d’études. Je pense que je n’aurai pas de désillusion.

Père se met à rire:

—Vous m’en avez l’air aussi féru que Mireille!

—Vous, pas?

—Moi... oh! moi!... les arbres... les landes... Je suis un profane, étant citadin dans l’âme. Pour me réjouir, il faut toujours Paris, la grand’ville. Mais je dois bien faire quelque chose pour la satisfaction de cette enfant qui désirait une plage tranquille pour elle et ses poussins.

—Oui, je comprends...

De nouveau, je sens sur moi le même regard de sympathie profonde que je n’avais jamais vu dans les yeux de Patrice Guisane.