Que c’est triste de penser que, seulement parce que Max n’est plus là, il cesse de me contempler comme un jouet...
Et, avec une intensité plus aiguë encore, j’éprouve le besoin de le fuir... Oh! si ce pouvait être pour toujours!
J’appelle:
—Jean, sauvons-nous. Il faut que Kate te remette en état pour le déjeuner. Nous allons être en retard! A tout à l’heure, père. Au revoir, capitaine. Est-ce que vous êtes aussi un hôte du Kelenn?
—Pour les repas seulement, madame. Je campe dans le pays.
—Alors... au revoir.
—Au revoir, madame.
Et je m’éloigne avec mon petit qui gambade, sa main enfermée dans la mienne.
Nous traversons la place ensoleillée. La demie d’onze heures sonne. Des groupes sont arrêtés et causent à l’ombre de l’église; car la lumière ruisselle sur la terre, blanche de poussière, où les maisons basses découpent des ombres crues... Une bande de jeunes filles en robes claires passent, la raquette en main; et des rires fusent dans le bourdonnement de leurs papotages. Ces gamines n’ont en tête—ainsi que moi, jadis—que l’agréable arrangement de leurs journées de vacances, bain, promenade, tennis... Ah! il y a donc encore des êtres heureux?
C’est honteux à avouer... Mais que je les envie! Et que je me sens loin d’eux! Qui croirait que nous vivons, en ce moment, des heures tragiques qui voient se briser des milliers d’existences! Cette atmosphère de villégiature est tellement pareille à celle d’avant la guerre...