—Oh! non!... rien... rien!

—Alors?...

—Il ne plaisait ni à Max ni à moi... Et puis, vous savez, maintenant, je redoute la présence des étrangers...

Personne n’insiste; je me sens un peu honteuse de n’avoir pas su me maîtriser. Distraitement, je regarde autour de moi; et, tout de suite, je retrouve la même impression qui m’a serré le cœur, une heure plus tôt. Que l’atmosphère ambiante est donc étrangère à la guerre! joyeuse, toute vibrante des conversations que ponctuent des rires discrets...

Au moment où les servantes bretonnes commencent leurs évolutions adroites pour servir les cent cinquante affamés que nous sommes, une jeune fille entre rapidement—comme une personne en retard—et se dirige vers une table placée dans l’encoignure d’une fenêtre, où se tient une vieille dame.

Je regarde la nouvelle venue, une fille de vingt ans environ, merveilleusement fraîche, avec de grands yeux, très bleus, des cheveux clairs qui moussent sous un polo de laine blanche...

Je la regarde parce qu’elle est charmante à voir; et aussitôt, un nom monte dans ma pensée:

—Mais c’est Christiane de Vologne.

Tout haut, je ne dis rien, sachant bien que mère ne sera pas ravie de cette rencontre. Bernard, avant la guerre, était grand admirateur de cette Christiane de Vologne qu’il retrouvait partout dans le monde; et maman s’était prononcée formellement contre toute idée de mariage entre eux, parce qu’elle ne jugeait pas que Christiane, fille du général de Vologne, eût une dot suffisante. Elle est si ambitieuse pour Bernard!

Si, comme il est probable, il vient ici, il va se trouver rapproché de Christiane. Que sortira-t-il de cette rencontre?