Elle raconte tout cela avec une simplicité qui a un charme extrême. Plus encore qu’au temps où je la rencontrais dans le monde, elle me plaît, cette petite. Quelle sera l’impression de Bernard? Car, fatalement, ils vont se retrouver. Elle a toujours sa même allure de fille de race, sous le classique uniforme de bain de mer, un chandail de soie sur la jupe blanche, le polo enfoncé jusqu’aux sourcils, laissant tout juste voir le brouillard doré que le vent soulève sur son front et autour des tempes. Elle a été malade, soit! Mais elle est bien guérie. Et quelle vie dans son être jeune, dans ses larges yeux dont le regard a, comme la bouche, tant de franchise fière. La guerre a fait une femme de la jolie créature qui, il y a quatre ans, bostonnait en gamine insouciante avec Bernard.
J’interroge, tout à fait conquise:
—Vous êtes infirmière à Paris?
—Non, à Poissy. Nous y avons les grands blessés.
—Vous aviez fait les études nécessaires pour les soigner?
Elle sourit.
—J’ai appris... Quand la guerre a éclaté, je ne connaissais rien du tout aux fonctions d’infirmière. Père prétendait même que je ne serais bonne à rien, plutôt encombrante... Mais, j’ai persisté; et comme je n’avais—hélas!—pas de maman à garder, je l’ai tant supplié qu’il m’a permis de m’enrôler... Est-ce que jamais j’aurais pu rester tranquille chez moi quand lui et mon frère se battaient? Il l’a bien compris et m’a laissée «essayer», comme il disait. Ah! j’ai débuté par de très humbles besognes...
Ici elle s’arrête et un sourire malicieux, un peu moqueur, à son adresse, retrousse sa lèvre.
—Que j’en ai donc enlevé de bottes boueuses, de vêtements en loques!... Que j’en ai lavé de pauvres pieds saignants!... Et puis, j’ai monté en grade... Et aujourd’hui, j’ai l’honneur d’être aide-major!
Elle prononce les mots avec une emphase rieuse, comme pour enlever toute importance à ses paroles; et je devine que, prête à se dévouer, peu lui importe un titre ou un autre.