—C’est un honneur que vous avez sûrement bien gagné!

—Oh! madame, ne parlez pas ainsi. Vous savez bien, puisque vous-même, je crois, avez été infirmière, comme c’est naturel... et bon!... de faire tout ce que l’on peut pour les pauvres gens qui, eux, ont fait tant pour nous... Si délicieusement que je sois ici, mes blessés me manquent; et j’ai hâte d’aller les retrouver... Mais le docteur m’a commandé six semaines de mer. Alors, puisque je suis une façon de soldat, bien disciplinée, j’obéis. Comme je vous retarde, madame, je vous en demande pardon... Au revoir!... Pas «adieu», si vous voulez bien me le permettre.

Les yeux, vifs et sérieux, me sourient; et je sens cette petite si vibrante dans son souci de la guerre, que mes lèvres n’articulent pas les mots qui, d’ordinaire, sont maintenant ma réponse, à pareille demande. Sincère, je réplique:

—J’espère, moi aussi, que nous nous retrouverons. Vous êtes, comme moi, pensionnaire du Kelenn?

—Provisoirement, en attendant l’installation complète de la villa où veut bien me recevoir ma tante et marraine, Mᵐᵉ de Kermadec.

—Alors, nous nous revenons sûrement, car, au moins, pour tout août, nous sommes à Carantec. Nous y attendions mon frère Bernard, pour son congé de convalescence.

Se souvient-elle encore de lui?...

Spontanément, elle questionne, avec intérêt:

—Il a été blessé?

—Légèrement, grâce à Dieu!