—Oh! tant mieux! Que c’est donc loin, le temps où, si gaiement, nous bostonnions ensemble! Il me semble que je suis la mère-grand de la petite fille que j’étais alors... et que je ne pourrai plus être! J’ai vu, compris, entendu raconter trop de terribles choses qui m’ont faite autre... Cette fois, au revoir pour de vrai, madame. Votre petit garçon doit me maudire de vous avoir si longtemps arrêtée!

—Il jouait à sa fantaisie... Il était très heureux! A bientôt! mademoiselle.

Nous nous serrons la main; et, de son pas vif, elle s’éloigne. Fort à point! Car voici approcher maman, à qui sa présence, sûrement, eût été désagréable. Mais impossible, à l’avenir, de la lui éviter...

Stupéfaite de m’avoir aperçue causant avec une étrangère, elle me demande tout de suite:

—Avec qui donc étais-tu?

Elle continue à marcher, moi, près d’elle.

—Avec Christiane de Vologne.

—La fille du général?... Comment! Elle est ici!... Et Bernard qui, d’un jour à l’autre, va arriver!... Quel ennui! Tu savais qu’elle était à Carantec?... Pourquoi, alors, nous y avoir attirés!

Elle a ce ton fâché qui lui vient si vite quand les choses vont contre son gré. Je cherche à l’apaiser:

—Mère chérie, je ne savais rien du tout. Je ne suis pas en relations avec Mˡˡᵉ de Vologne. En tout cas, elle ne me semble nullement soucieuse de Bernard.