—Elle t’a parlé de lui?

—En réponse à la nouvelle que je lui donnais, incidemment, de sa blessure; et comme d’un agréable danseur...

—Soit!... Mais, avant la guerre, Bernard, lui, s’occupait beaucoup d’elle!

—Avant la guerre, vous le dites, maman. Depuis lors, les mentalités ont tellement changé!

—Si je pouvais l’espérer! Que fait-elle, ici, cette petite?... Avec qui est-elle? Car elle n’a pas de mère, et son père, le général, est à la bataille, dans votre abominable guerre...

«Votre!» Dans ses moments d’irritation, mère emploie volontiers ce possessif, comme si nous étions responsables des événements, nous autres, qu’ils passionnent.

—Elle est ici avec sa tante, la marquise de Kermadec, pour s’y remettre d’une infection gagnée en soignant les blessés. Elle est infirmière.

—Une fille si jeune! C’est déplorable! Je ne comprends pas que les docteurs des hôpitaux un peu sérieux acceptent ainsi de vraies enfants, dont la présence est tout à fait déplacée auprès de jeunes hommes à soigner. Qu’on prenne, pour cet emploi, des bonnes sœurs, des femmes mariées, des vieilles filles... Mais pas des créatures de vingt ans! J’ai toujours trouvé cela absurde et choquant! fait pour donner à ces gamines des connaissances malsaines!

—Oh! mère! ne puis-je m’empêcher de protester. Si vous veniez, comme moi, de causer avec Christiane de Vologne, vous ne seriez même pas effleurée par une idée qui est une injure pour elle et pour toutes celles qui lui ressemblent.

Maman est agacée. Du bout de son ombrelle, elle brise, au passage, les petites fleurs qui dressent, dans l’herbe, leurs têtes fragiles.