—Bon! Alors, toi aussi, tu es emballée et tu vas monter la tête de Bernard, au lieu de le calmer!

—Maman, ma chérie, vous oubliez qu’en ce moment Bernard ne peut guère songer à se marier. Ne vous tourmentez pas ainsi! Mais, après tout, si Christiane lui plaît, pourquoi, à propos d’une misérable question d’argent, vouloir l’empêcher d’être heureux à sa guise?... Quand le bonheur se présente, c’est tenter Dieu de ne pas le saisir! Il est si fugitif!...

—Ah! riposte maman impatiente, que le chagrin t’a donc rendue romanesque! ma pauvre enfant... Enfin, j’espère que Bernard, englobé dans ce malheureux état militaire, sera raisonnable bon gré mal gré.

Je ne réponds rien. Nous sommes devant ma villa dont maman a loué le rez-de-chaussée, de façon à avoir un salon pour recevoir plus agréablement qu’à l’hôtel.

Elle y entre. Et moi, je vais me réfugier auprès de ma petite France, le dernier trésor que m’ait donné Max...—qui dort, toute rose, pelotonnée dans son berceau.

28 juillet.

En remontant de la plage avec Jean, à l’heure du déjeuner, j’ai trouvé mère installée sur la terrasse de l’hôtel, toute souriante sous sa large capeline de paille, dans une robe de linon bis qui l’habille délicieusement. Elle parcourait le journal. A quelques pas d’elle, père causait avec Guisane. Aussi, allais-je passer sans m’arrêter, car je n’ai pas encore triomphé de l’impression pénible que me cause sa vue. Mais maman, qui refermait son journal, m’a aperçue et appelée:

—Mireille, tu n’as pas rencontré, en route, Mᵐᵉ de Carville? Elle te cherchait. Elle est venue t’inviter à son tennis et nous demander d’aller tantôt prendre le thé chez elle, où elle a des gens charmants, paraît-il, à me présenter.

Comment mère me fait-elle une pareille proposition! Elle sait bien que je ne vois que des amis intimes...

Je dissimule mon impression et dis seulement: