—Mᵐᵉ de Carville est bien aimable d’avoir pensé à moi. Mais vous m’excuserez auprès d’elle, maman. Vous lui expliquerez que je ne sors pas du tout.

Je vois à l’imperceptible pli entre les sourcils de mère que mon refus la contrarie, comme je le craignais.

La voix un peu impatiente, elle réplique:

—Oui, à Paris, tu ne sors pas, c’est entendu. Mais, en villégiature, la situation est différente. D’ailleurs, ma pauvre petite, il faudra bien, un jour ou l’autre, que tu te remettes à vivre comme tout le monde!

—Il me semble que c’est ce que je fais.

—Mais non! Tu te complais dans une claustration de nonne. Ton deuil n’est plus assez récent pour t’y obliger.

—Il l’est encore assez pour que je n’aie pas le courage de me distraire avec et comme ceux que la guerre n’atteint pas! Il faut le temps pour que je redevienne telle que vous le souhaitez. Ce n’est pas encore maintenant... Je ne puis pas... C’est au-dessus de mon courage.

Je m’arrête court, car j’ai perçu le tremblement de ma voix...

Et, à ma grande surprise, j’entends père, que je croyais tout occupé de sa causerie avec Guisane, prononcer d’un ton de reproche, bien rare chez lui quand il parle à maman:

—Gabrielle, laissez donc cette enfant agir à sa guise! Vous la tourmentez!