Aussi, il y a des moments où il me semble que je ne peux plus porter ma peine! Elle me broie si atrocement que je ne suis vraiment plus qu’une pauvre âme douloureuse qui crie sa souffrance.
Et cependant, je vis... Et cependant, quand je me mets face à face avec moi-même, je constate cette chose affreuse, que j’aurais crue impossible... Peu à peu, je m’habitue à l’absence éternelle de mon mari!...
Il devient le passé, même pour moi, sa fidèle... Ma révolte est vaine contre l’inexorable accoutumance. C’est dans les lois de la nature qu’il en soit ainsi. Elle nous permet d’abord d’exhaler notre douleur, parce que nous sommes ainsi faits que notre faiblesse l’exige. Et puis, elle nous livre à l’œuvre inflexible du temps qui dépose sur notre blessure un impalpable baume... C’est le voile de poussière qui, lentement, tombe sur toute chose et efface les couleurs, fait reculer les images dans l’ombre du souvenir...
Est-ce qu’il n’arrive pas que, par instants, je n’aperçois plus bien Max vivant... La vision que j’ai de lui se fait confuse, un peu effacée, lointaine...
Oh! de quelle humilité cette constatation me pénètre!
Pauvre cœur, tu étais sûr de sentir toujours, intense, le mal que t’a fait le départ du bien-aimé... Pauvre femme, tu pensais ne plus pouvoir exister que les yeux clos à tout ce qui enchante les autres créatures... Quel orgueil et quelle illusion!
O Max, mon amour, vois-tu, il faut que, du monde infini où tu es entré le premier de nous deux, tu m’aides à accepter mon isolement qui m’écrase et dans lequel ma volonté demeure résolue à m’enfermer... Aide-moi à oublier que j’ai été une femme amoureuse et adorée... Que jamais plus je ne m’endormirai, la tête abandonnée sur ta poitrine, blottie entre tes bras... Que jamais plus tes lèvres...—des lèvres...—ne prendront jalousement les miennes... Que jamais plus je n’entendrai les mots qui enivrent... Aide-moi, mon Max, à étouffer ma nostalgie de ce bonheur humain dont la soif...—est-ce assez misérable! pour ma honte, je l’écris ici...—dont la soif crie encore sourdement en mon être esseulé...
Ah! que c’est long de devenir insensible! cloîtrée comme une nonne dans ma vie close!
Que le feu est lent à mourir sous la cendre!...
2 août.