Il continue très doucement:

—Je ne vous ai pas fait trop de mal en vous rappelant des jours bien cruels pour vous?

—C’est un mal que je ne peux pas regretter!... Il me semble si bon que vous rendiez justice à Max. Seulement, les lignes que vous lui avez consacrées, c’est la résurrection, pour moi, des heures affreuses!...

Et, à bout de force, moi d’ordinaire jalousement close sur ma peine, je laisse jaillir les larmes que je n’ai plus la force de contenir. D’instinct, pour cacher mon visage, je dégage mes mains qu’il a encore dans les siennes.

J’ai tout oublié, sauf que j’ai perdu Max!... J’entends la voix de Guisane, resté debout devant moi, qui murmure, comme à une petite fille dont il voudrait bercer la peine:

—Pauvre, pauvre enfant!...

Heureusement, cette bonté compatissante agit sur mes nerfs en déroute et me rend la possession de moi-même. Je relève la tête, toute confuse; je passe la main sur mes joues humides. Dans mon désarroi, la notion du temps m’a échappé... Quelques minutes, seulement, j’espère. Que va penser de moi Guisane!... Mes yeux troublés montent vers lui et rencontrent les siens. Dans son regard, si facilement incisif, il y a une expression de pitié grave; et la crainte ne m’effleure même plus qu’il m’ait trouvée ridicule, ou simplement ennuyeuse.

J’essaie de sourire, tout en aspirant la brise qui sèche mes paupières:

—Vous devez trouver que je suis bien peu courageuse. En général, je le suis davantage... Mais votre article m’a été une surprise qui m’a atteinte en plein cœur...

—J’aurais dû vous prévenir, vous ou M. votre père, dit-il d’un ton d’excuse.