2 août, le soir.

J’ai retrouvé Guisane, un peu plus tard, comme j’allais à l’hôtel pour le dîner. J’étais avec mère que je venais de rencontrer. Lui aussi se dirigeait vers le Kelenn. Il s’est arrêté à notre vue. Ni l’un ni l’autre, nous n’avons eu une allusion à la scène qui, une heure plus tôt, s’était passée entre nous. Mais je ne le voyais plus avec les mêmes yeux. Au lieu de mon désir maladif de le fuir, j’avais maintenant la soif de causer avec lui, de l’interroger sur la dernière semaine de Max qu’ils ont passée ensemble. Dans ses prunelles, je retrouvais ce même regard qui, soudain, m’a étrangement attirée là-bas, sur la falaise.

Mais il causait surtout avec maman. Puis père nous a rejoints et m’a fait tressaillir en le félicitant sur son article dont il avait déjà entendu parler à l’hôtel.

J’ai deviné que, tout de suite, l’attention de Guisane s’attachait à moi. Sans doute, il redoutait l’effet de telles paroles sur ma sensibilité frémissante. Mais je m’étais ressaisie; et si, tout bas, je sentais, aiguë, la souffrance de ma blessure, le masque était de nouveau bien attaché, qui cache ma détresse aux autres. Guisane est le seul qui, depuis des mois, m’a vue pleurer.

Mon hostilité contre lui est soudain tellement morte que je me surprends à me demander comment j’ai pu l’éprouver...

Un instant, comme père et maman s’étaient arrêtés pour causer avec des hôtes du Kelenn, j’ai continué à marcher près de lui; et alors, je lui ai demandé, suppliante:

—Vous me raconterez tout ce que vous vous rappelez de Max?

—Hélas! madame, nous avons vécu peu de jours ensemble. Mais cela m’a suffi pour constater quel camarade charmant il était; quel soldat témérairement brave, avec une juvénile et si française insouciance du danger...

Oh! cet hommage rendu à mon aimé!... Je presse un peu le pas pour que Guisane puisse me dire, à moi seule, les choses que je veux, en ce moment, être seule à entendre. Et je pense tout haut:

—Les lignes que vous lui avez consacrées me sont si précieuses que, toujours, je vous en demeurerai reconnaissante!