Il parle à Jean, de Verdun, de son père, se mettant à la portée de l’enfant d’une façon qui me stupéfie.

Quelle merveilleuse souplesse d’esprit il a reçue en partage! Comment ce célibataire sait-il ainsi la manière dont il faut s’adresser aux tout jeunes?...

J’écoute, d’ailleurs, aussi ardemment que Jean qui est tout à fait subjugué. Ses prunelles ne quittent pas Guisane; et il recueille, avec passion, ses «histoires», comme il dit, sur la guerre, sur Verdun, sur les Boches, sur son père! Il resterait ainsi des heures... Moi aussi!...

Pourtant, j’interviens:

—C’est assez faire parler M. Guisane pour aujourd’hui, Jean. Un autre jour, si tu es sage, il te racontera encore beaucoup de choses!... Maintenant, il ne pleut plus. Retourne dans le jardin.

Il est bien déçu par cet ordre, mon pauvre gosse; mais, avec moi, il est la docilité même; et si grand que soit son désir d’entendre encore Guisane, il lui tend la main, avec un correct geste d’adieu, et s’en va.

Guisane le suit des yeux. Quand la porte se referme, il me dit—et je suis certaine que c’est sa pensée même:

—Ce petit être est délicieux! Quelle consolation vous devez déjà trouver en lui, madame!

—Oui, de mon mieux, je me réchauffe à sa tendresse d’enfant... Mais pourvu que je sache bien l’élever, de telle façon qu’il donne tout ce qu’il peut donner... Car j’ai beaucoup d’ambition pour lui... Et hélas! si peu d’expérience... Le fils a tant besoin du père!... Pour France, je ne suis pas inquiète ainsi!

—Le fils a tout autant besoin de la mère, croyez-en mon expérience masculine. Je l’ai senti plus d’une fois, moi qui, tout jeune, ai été un gamin orphelin. Voyant des camarades moins dénués, je les enviais bien fort!... A ce point que, dans ma prime jeunesse, quand j’étais frôlé par la bonne intimité de certains, avec leur mère... leur maman... je m’enfuyais... Ainsi qu’un pauvre qui ne peut supporter la vue de la richesse... Avec les années seulement, je me suis bronzé contre cette impression...