—Oui, je comprends...
Et je comprends aussi le pourquoi de son apparence froide, un peu hautaine et distante. La solitude morale l’a habitué à se replier sur lui-même. Maintenant, je devine un beau foyer, derrière la sévère muraille d’impassibilité et d’ironie.
Ce n’est ni un insensible, ni un égoïste qui achève avec un sourire fortifiant, parce qu’il a pitié de ma faiblesse:
—Madame, ne vous inquiétez pas pour l’éducation de votre fils. Ce sera beaucoup plus simple que vous ne le croyez. Vous respecterez l’individualité de votre enfant... Vous lui indiquerez ce qui doit toujours être fait, selon la droiture, la vérité... Vous lui apprendrez l’oubli de lui-même... Et tout ira très bien... Le résultat sera excellent.
Il parle avec tant de conviction que je me mets à rire:
—Le résultat sera excellent! Espérons-le. Vous êtes très encourageant!... Je vous en remercie et vous rends enfin votre liberté. Je suis confuse de vous avoir ainsi retenu! Vous n’avez pu peindre, je vous ai fait perdre toute votre matinée!
—Madame, comment osez-vous dire cela, puisque nous sommes des amis! Que vous le vouliez ou non, je me considère comme le vôtre, je vous l’ai avoué... Tant pis si vous le regrettez... Le mal est irréparable.
Certes oui, il est maintenant un ami pour moi!
6 août.
Quand j’arrive à l’hôtel, je trouve, arpentant la place de long en large, père qui fume auprès de Guisane et je suis accueillie par un double bon sourire de bienvenue. Je me mets aussi à arpenter; et père, tout à la conversation qui l’intéresse, me dit tout de suite: