—Savais-tu que Guisane allait avoir, à l’automne, une exposition de ses croquis de guerre?
Guisane explique de cet accent de badinage mordant qui lui est familier:
—Madame, j’ai pensé qu’il était prudent, avant de repartir au front, de montrer encore une fois au public ce dont j’étais capable; au cas où l’avenir me serait enlevé. Que sait-on?...
Je tressaille, et père a une exclamation de reproche:
—N’imaginez pas ainsi d’inutiles hypothèses, surtout quand elles sont aussi fâcheuses! Elles m’étonnent de vous, si brave!
Et les yeux de père se posent sur le filet de soie rouge qui barre, sur la poitrine, l’uniforme bleu clair.
Le visage de Guisane a soudain une étrange expression, et sa voix s’élève dure, railleuse aussi:
—Oui, je suis brave pour ce qui est de risquer ma peau! Mais il me faut bien reconnaître que je ne suis pas encore tout à fait maître de la seule crainte qui me tenaille,—si vivace, que je pourrais la tenir pour un pressentiment, pour peu que je sois superstitieux.
Incrédule, je répète:
—Vous, une crainte?...